LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Un été sec qui brûle la récolte, un pays entier traversé d’une incroyable émotion politique, le haut clergé annonçant qu’il se refuserait à tout sacrifice, un Trésor vide qui ne paye plus les fonctionnaires ; Louis XVI a essayé de retarder la date de réunion des États généraux – la dérobade devient impossible. En même temps que la banqueroute, Loménie de Brienne annonce au mois d’août qu’ils se réuniront le 1er mai 1789 et donne sa démission. La cour a perdu le contrôle des événements.

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La convocation des États Généraux


Louis XVI rappelle Necker qui fait des avances au Trésor sur sa fortune personnelle. Il devient le personnage le plus populaire de Paris et passionne les clubs. La France établit ses cahiers de revendications. « Une révolution se prépare », écrivait-on clairement. Ces cahiers si divers et tout à la fois si homogènes – admirables oeuvres collectives – disaient en formules souvent saisissantes la volonté de labeur et de liberté des Français. Les cahiers de la bourgeoisie résumaient la pensée du siècle et réclamaient une Constitution. Quant aux cahiers ruraux, ils révélaient aux bourgeois le secours qu’ils trouveraient dans la passion paysanne où succomberait la propriété féodale. La rédaction de ces cahiers montre combien était illusoire la distinction des trois ordres. Les curés de campagne n’étaient nullement hostiles à la nationalisation des biens du clergé, les nobles différaient d’avis selon l’état de leur fortune, l’accroissement de leurs revenus agricoles ou la médiocrité de leur héritage et dans le tiers état l’abolition de l’esclavage des Noirs pouvait ruiner tel trafiquant d’un port de l’océan. Toutes ces divergences seront à l’origine des courants innombrables qui emporteront les assemblées révolutionnaires.
On discuta durant tout l’hiver. Ce fut le plus rigoureux qu’on ait vu en France depuis 1709. La Seine gela de Paris au Havre. Lorsque les lettres de convocation des États généraux partirent en février 1789, les campagnes étaient de nouveau livrées aux rôdeurs et aux brigands. Au printemps, ce fut le rationnement dans les villes, les queues aux portes des boulangeries pour y payer très cher un pain jaune et malsain. Le peuple immobilisa partout les grains et, anticipant sur ce qu’il croyait devoir être l’oeuvre des États généraux, refusa d’en payer les droits. Les élections commencèrent dans une atmosphère d’émeute. La disette jetait dehors les travailleurs, femmes en tête. Dans les six premiers mois de l’année, on a compté plus de trois cents émeutes, au cri « du pain et la liberté ». La bourgeoisie avait décidé de commencer la révolution : tout un peuple opprimé se ferait tuer pour elle.
Lorsqu’on vote à Paris en avril, on n’est plus sûr de l’armée. Le Jardin du Palais-Royal qui vient d’être ouvert au public est devenu un club en plein air où l’on commente dans la fièvre les événements du jour – émeutes du Pont-au-Change, émeute au Pont-Marie, grève très dure chez Réveillon. Des agents mystérieux circulent, un autre personnage partage maintenant la popularité de Necker. Dès la première assemblée des notables, le duc Philippe d’Orléans, ennemi de Marie-Antoinette, a pris parti pour les États généraux et son attitude lui a valu l’exil. Ce prince du sang vit-il dans les troubles l’occasion de renouveler à son profit l’entreprise des Guise et de tant d’autres avant lui ? Député aux États généraux, Philippe d’Orléans se rallie au tiers état et l’on trouve son or dans bien des mains. Ce prince votera trois ans plus tard la mort de Louis XVI et se fera appeler Philippe-Egalité. Au siècle suivant, son fils réussira où il aura finalement échoué – les monarchistes ont tant contribué à abattre la monarchie.
Le 5 mai 1789 les députés se réunirent à Versailles après avoir entendu la veille une messe d’ouverture. Dès qu’on dut vérifier les pouvoirs, la question essentielle se posa : voterait-on par ordre ou par tête ? La noblesse qui, à la cour, affichait son mépris se refusa à toute délibération commune – mépris de classe qui isolait le tiers ; il travailla seul après un mois de pourparlers et se constitua le 17 juin en Assemblée nationale s’attribuant le droit de perception des impôts. Le clergé des campagnes, les nobles qui suivaient le duc d’Orléans passèrent au tiers état : la question des ordres distincts était tranchée. Lorsque trois jours après, les députés trouvèrent fermée leur salle de séances, ils furent six cents à jurer au Jeu de paume qu’ils ne se sépareraient plus sans avoir voté une Constitution.

L’assaut de la Bastille

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Le 23 juin, Louis XVI essaya de disjoindre les trois ordres. Après un discours d’autocrate impuissant, son maître des cérémonies s’attira la réponse cinglante de Mirabeau évoquant la volonté du peuple. Le roi autorisa alors les députés dissidents à rejoindre l’Assemblée nationale ; en même temps, il appela à Paris des régiments étrangers. L’Assemblée en demande le retrait, Necker l’exige. Le roi refuse, s’entête ; renvoie Necker. Le « Parti de la reine » va tenter la résistance. La cour sentit de suite que la force de l’Assemblée nationale ne lui venait pas tant de ses mandats que du concours du peuple. L’Assemblée n’hésite-t-elle pas elle-même à recevoir la première pétition populaire ? C’est à Paris qu’il faut frapper. Déjà, par ses mouvements de rue, intervient ce personnage anonyme auquel on n’avait point songé, le peuple parisien, qui délivre à l’Abbaye des soldats prisonniers, promène en triomphe les bustes de Necker et du duc d’Orléans, assaille les dragons à coups de pierres. Louis XVI a remplacé Necker par Breteuil et concentré 20.000 soldats à Versailles. Mais à l’Hôtel de ville de Paris s’est constitué un gouvernement municipal qui recrute une milice bourgeoise. L’Assemblée nationale semble devenue déjà étrangère aux événements : le 12 juillet on se bat aux Tuileries contre les cavaliers allemands. La commission de l’Hôtel de ville intensifie l’armement de sa garde nationale. On pille tout à la fois armuriers et boulangers. Le 13, le tocsin sonne. Quand le roi donnera-t-il à ses troupes l’ordre d’attaquer Paris ? A neuf heures du matin le 14 juillet, on enlève aux Invalides canons et fusils : la foule – bourgeois et ouvriers confondus – se porte sur la Bastille, base d’opérations possible des troupes qui prendraient Paris à revers et bloqueraient le peuple entre la porte Saint-Antoine et les Champs-Elysées. La vieille forteresse bâtie par Charles le Sage pour surveiller la capitale n’était plus guère que prison royale et symbole de l’État que l’on voulait renverser. La place est noire de monde. Les curieux sont venus en foule. La Bastille se défend à peine. Cent morts inconnus parmi les assaillants : qui en parla ? Un crâne célèbre au bout d’une pique : l’histoire a retracé le cortège joyeux qui jusqu’à la nuit promena dans les rues la tête du gouverneur M. de Launay.
Trois jours après, une délégation du Faubourg Saint-Antoine vint demander des secours à l’Assemblée nationale pour les ouvriers parisiens, qui avaient chômé pendant ces heures d’émeute, et lui déclara : « Messieurs, vous êtes les sauveurs de la patrie, mais vous aussi vous avez des sauveurs. »
Bailly, élu maire de Paris, La Fayette élu commandant de la Garde nationale – la bourgeoisie s’organise au pouvoir. Le roi achevant sa reculade, se rend à Paris le 17. Par sa présence dans la capitale, il sanctionnait les résultats de l’insurection du 14 juillet. À l’Hôtel de ville, il fut accueilli par Bailly qui lui présenta la cocarde tricolore, symbole de l’ « alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple ». Le 16 juillet, le roi avait rappelé Necker. La monarchie absolue est vaincue. Qui a vaincu le roi ? La force populaire. Qui entend disposer de cette victoire ? Les forces bourgeoises. Toute la Révolution est là.
Dans les campagnes, on brûle les barrières d’octroi, la nouvelle de la prise de la Bastille met le feu aux châteaux. Partout, l’incendie s’allume. Dans le tumulte général, les brigands redoublent d’atrocités. Les bruits les plus extravagants circulent. On a nommé cela la Grande Peur. Sans doute les paysans vécurent-ils tout à la fois des heures d’enthousiasme et d’angoisse où l’ivresse de posséder un sol libre le disputait à la terreur de le voir à nouveau ravagé. On continue sans trêve de brûler ces livres où, depuis deux cents ans, les féodaux ont pris coutume de faire reconnaître leurs droits. La moindre résistance déchaîne un massacre. Malheur à qui ne comprend pas que les temps sont venus. Alors, une autre peur traverse la France, celle des riches. Dès la fin de juillet, l’émigration commence. Les nobles qui ont vu les paysans leur parler en égaux et relever la tête ne peuvent supporter un tel spectacle : son horreur les chasse à l’étranger. Dans l’histoire des trahisons dont les classes dirigeantes se sont rendues coupables à l’égard de la nation, cette fuite n’était encore que le moindre dommage qu’elles pouvaient lui causer. Mais bientôt l’aristocratie ne se contentera plus d’avoir peur. Elle passera à l’ennemi.

La noblesse renonce

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Sous les ombrages du Palais-Royal, les listes de proscription se remplissent. On y retrouve la haine des petits bourgeois contre la bureaucratie de la monarchie. De nouveaux journaux paraissent, suivant l’exemple de Brissot. Les librairies sont envahies, une soif d’information dévore cette société à qui des orateurs improvisés répètent partout qu’elle est souveraine. À Versailles, l’Assemblée nationale poursuit lentement ses délibérations. Elle est comme paralysée par l’ampleur des voeux qui l’entourent. À Paris, la Commune gratifie son maire et son commandant général de traitements somptueux et s’efforce d’éliminer le peuple des rangs de sa milice. Mais bientôt, l’Assemblée, qui rêverait peut-être de proclamer quelques principes abstraits, reçoit des campagnes des nouvelles toutes pleines de réalité : la paysannerie refuse le paiement des droits seigneuriaux, fait enregistrer solennellement son refus et s’arme pour faire respecter ses décisions. Le peuple des champs a donc passé aux actes comme celui de Paris. L’Assemblée pourra-t-elle le payer de mots et s’immobiliser, après sa courageuse attitude de juin ? Tout est perdu peut-être si l’Assemblée s’attarde. Le célèbre enthousiasme de la nuit du 4 août fut simplement la consécration verbeuse de ce qu’avait accompli la passion populaire : ce fut sous la menace directe du peuple de France que l’on vota ainsi la suppression des droits féodaux, de la dîme, des privilèges des corporations et des provinces. Révolution fondamentale dont les représentants à l’Assemblée eussent continué de discuter méticuleusement, si la volonté des masses ne s’était imposée à ces hommes que leur entreprise commençait d’effrayer. Pas assez cependant pour que la noblesse et le clergé se soient laissés entraîner hors de mesure : la grande nuit émouvante avait bien supprimé sans rachat les corvées et les servitudes personnelles, mais – sage maîtrise de l’exaltation – elle avait prévu pour tous les autres droits leur remboursement. Ainsi, noblesse et clergé croyaient en avoir fini avec la révolution. L’ordre, leur ordre, devait se rétablir. Ils ne négligeaient qu’un détail : s’il avait fallu payer vraiment ce rachat, la fortune bourgeoise entière n’y aurait pas suffi. Les paysans le comprirent : l’obligation de rachat donna lieu immédiatement à de nouveaux troubles – la révolution allait continuer.

Une nouvelle Constitution


La Constitution de 1791 a servi de modèle à toutes celles qu’utilisa par la suite l’État bourgeois. Elle fut à proprement parler la Constitution de la fortune. Il y a deux sortes de citoyens, actifs ou passifs. Les actifs sont ceux qui paient un impôt égal à trois jours de travail. Camille Desmoulins s’écria : « Vous avez fait de Jésus un citoyen passif. Dans votre Constitution il ne serait ni électeur ni citoyen actif. » Les citoyens actifs désignent les électeurs qui paient un impôt égal à deux cents journées de travail. L’État de 1791 était ainsi dirigé par 42.980 citoyens électeurs – toute la fortune française de l’époque. Au frontispice de la Constitution le comte de Montmorency et le comte de Castellane proposèrent d’y reproduire la Déclaration des droits de l’homme. Les Parisiens avaient pris la Bastille et les paysans avaient brûlé les chartriers pour sauver une révolution de la richesse. Un tarif douanier nettement protecteur achevait de la mettre à l’abri. Combien de trafiquants dans les ports, de négociants dans les villes, de propriétaires ou d’industriels en seraient joyeusement demeurés là ! Pourquoi fallait-il donc que l’idée de liberté ait tant de dynamisme qu’elle vint sans cesse assaillir le législateur ? Son oeuvre accomplie, qu’elle espérait définitive, la Constituante se sépara le 30 septembre.
L’Assemblée qui lui succéda, élue selon la Constitution de 1791, fut l’Assemblée législative : toute la bourgeoisie française où les députés de la Gironde entreprirent de calmer l’émotion populaire sans porter atteinte à aucune des lois fondamentales du nouveau régime. Les émigrés allaient bientôt leur en fournir l’occasion tandis que, dans l’ouest de la France, les paysans se laissaient entraîner par les aristocrates et les prêtres à une guerre qui révéla au peuple parisien combien de dangers le menaçaient. L’empereur et le roi de Prusse venaient de publier la déclaration de Pilnitz et les émigrés, qui avaient organisé à Trèves une armée sous les ordres du prince de Condé, se vantaient de rétablir Louis XVI dans ses prérogatives avec l’appui de l’Europe. C’était faux. Les rois de l’Europe se souciaient fort peu de Louis XVI et l’affaiblissement de la France ne pouvait que les réjouir. Mais pour les Girondins, la tâche essentielle était de maintenir le peuple aux côtés de la bourgeoisie, c’est-à-dire à ses ordres, pour l’assujettir à des intérêts qui devaient continuer de lui paraître communs. Détourner sa colère d’une situation économique qui restait misérable par le dresser contre le roi et l’étranger. La guerre était ainsi pleine d’avantages où les Girondins espéraient consolider les lois que venait en deux ans de voter la révolution bourgeoise. Quelle guerre ? Fidèle à ses erreurs et têtue dans ses maladresses, la bourgeoisie reprit celles qu’elle avait commises en acclamant jadis la défaite de Rosbach et en glorifiant Frédéric II. L’ennemi pour elle ne pouvait être que l’Autriche : Marie-Antoinette n’était-elle pas autrichienne ?

La guerre contre l’Autriche

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La guerre fut déclarée le 10 avril 1792. L’armée manquait de tout et la défaite parut certaine au roi qui s’enhardit. Il prend maintenant le courage de résister à l’Assemblée législative, et oppose son veto à quelques décrets. La guerre va-t-elle libérer la cour ou sauver la bourgeoisie ? Tout dépend du peuple et de la part qu’il y prendra. L’entêtement de Louis XVI avive l’émotion publique. Il n’y a pas que les clubs à Paris pour s’en faire l’écho. Si l’élite des partis politiques se réunit dans des bâtiments religieux désaffectés, dans chaque quartier fonctionne un comité de surveillance et de l’Assemblée au club, la pensée politique va retrouver à la base, dans ces comités de surveillance, la force qu’elle semblait avoir perdue depuis 89. On a tant parlé des chefs de la révolution qu’on a pu négliger le grand fait social de l’année 92, la permanence de la vie politique – jadis choc douloureux, sans cesse impuissant – maintenant, durée de la discussion sociale, large concours des hommes entrant sans cesse plus nombreux dans le débat. Quant à la Commune de Paris, son potentiel révolutionnaire semble se renouveler. La Constitution de 91 a prévu que les conseils généraux des communes seront élus directement par les citoyens actifs et non par leurs délégués, c’est-à-dire au premier degré. Fouetté par l’action des comités et des clubs, la Commune de Paris s’affirme de plus en plus populaire. Le 20 juin, nouvelle vague de fond contre les résistances monarchiques. Le peuple envahit les Tuileries et somme Louis XVI d’obéir. Ce roi qu’on a dit faible et instable trouve dans l’appui de l’ennemi la force de se montrer maintenant inébranlable. Sa réponse au peuple semble être, un mois plus tard, ce manifeste qu’a rédigé un émigré, le marquis de Limon, et qu’a signé le duc de Brunswick, général en chef des armées coalisées contre la France. L’émigration de Coblentz menaçait Paris d’une exécution militaire : les Girondins obtenaient de la guerre la force qui leur rallierait le peuple.
On avait proclamé la patrie en danger, on levait les troupes, on réquisitionnait les armes, les volontaires affluaient, des bataillons de province arrivaient à Paris, affamés, en loques, menaçants. Une fois de plus, l’action révolutionnaire exalta le patriotisme ; pour défendre la nation, le peuple risquait de s’approprier la révolution. On chantait partout alors cet hymne que les fédérés de Marseille avaient appris à la capitale. L’exaltation guerrière de Rouget de Lisle, faite d’airs connus et de proclamations, avait donné à la France son premier chant national. Pour consacrer cette mainmise du peuple sur la révolution, il ne lui manquait plus que des victoires. Il en remporta deux coup sur coup.
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Georges Danton
Danton et le 10 Août 1792
A l’intérieur, par une insurrection fort bien préparée où Danton se montra grand tacticien révolutionnaire, le peuple parisien renversa la monarchie en forçant les Tuileries, en s’emparant de la famille royale et en exigeant de l’Assemblée législative la suspension du roi. La journée du 10 août 1792 et ses 1.000 victimes fondaient en France la République et la livraient aux masses en supprimant la distinction entre citoyens actifs et passifs et en réclamant une nouvelle Assemblée, la Convention. Les Girondins étaient dépassés, le roi prisonnier au Temple, la France envahie. L’émeute s’installe avec l’angoisse de l’invasion. Toutes ces intrigues de la cour et des généraux ennemis que l’Ami du peuple n’avait cessé de dévoiler, apparaissent irréfutables. Le prestige de Marat grandit. En récompense de ses services, un comité de surveillance lui donne des presses de l’Imprimerie nationale. L’homme traqué devient le chef populaire qui voudrait voir juger les traîtres et condamner les suspects. Pendant la période électorale – on va élire la Convention – l’anxiété monte. Longwy a capitulé, Verdun va tomber. La frayeur populaire déferle sur les prisons ; le 2 septembre, l’émeute les ouvrit et le massacre les vida. La responsabilité de ces massacres dont la spontanéité n’est plus discutable peut être attribuée en partie à Danton, qui pendant trois jours du moins n’a rien fait pour les arrêter.
A l’extérieur, autre succès dû également au dynamisme révolutionnaire. Le 20 septembre 1792, l’armée de Dumouriez et de Kellermann arrêtait les Prussiens à Valmy – petite bataille par les effectifs et les pertes, grande victoire par ses conséquences. Stupéfaits par l’élan des volontaires français, les Prussiens battirent en retraite : la France échappait à l’invasion. Le lendemain la Convention s’ouvrit et proclama la République. Marat, qui vient d’être élu député de Paris, voudrait à ses séances une salle vaste où le public serait abondamment admis. Dès le 25 septembre, le conflit éclate entre les Girondins et Marat. La révolution poursuit sa route, le peuple gagne du terrain, le Club des Jacobins devient tout-puissant. La cause du roi est perdue, l’Europe ne se soucie point de le sauver et la guerre elle-même aurait peut-être cessé, enlevant à Louis XVI tout espoir, si Dumouriez, poursuivant ses victoires – Jemmapes, le 6 novembre 92 – n’avait envahi la Belgique et occupé Anvers.
Alors, Londres s’émut. La bourgeoisie française a voulu la guerre pour gagner la révolution. Mais l’Angleterre ne lui permettra pas d’y gagner davantage et d’en obtenir ce qu’elle n’a pas accepté de la monarchie : ce qui compte, pour l’Angleterre, ce ne sont pas les prisonniers du Temple, c’est la conquête de la Belgique par la France. Une autre guerre commence, qui n’a rien de commun avec la vie de Louis XVI ni avec la cause royale : cette guerre ne s’achèvera qu’à Waterloo.
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Jean-Paul Marat

Dans ce conflit international où le pays va risquer son indépendance, la révolution va continuer d’échapper de plus en plus au contrôle de la bourgeoisie. Les hommes que le peuple va maintenant soutenir de sa foi sont ceux qui se réclament le plus justement de lui et que la dignité de leur vie met à l’abri des tentations. Saint-Just et Robespierre deviennent ses chefs. Le vénal Mirabeau est mort, criblé de dettes et déjà compromis, d’autres ont fui à l’étranger ou gagné quelque retraite de province, Danton, jouisseur et pressé d’incessants besoins d’argent ne craindra pas de négocier avec les Lameth pour délivrer le roi.
Cette mutation du personnel révolutionnaire indique assez que la bourgeoisie, après avoir, grâce à la révolution, vaincu la monarchie et l’ennemi, devra maintenant s’employer à vaincre les révolutionnaires. La lutte s’engagera, à mort, en 1793. Cette année-là, le souffle qui par instant soulèvera la Convention ne viendra pas d’elle, mais de la rue, des campagnes, des comités. Certes, le Parti des Jacobins, avec ses sections provinciales avait dominé les élections. Cependant, sitôt livrée à elle-même, cette Assemblée hésite comme toutes les autres, se renie, tâtonne, oublie. Si, depuis la Convention, on a tant parlé dans le monde de liberté humaine et si son histoire a pu paraître commencer avec elle, c’est parce que le peuple fut, en 93, dans toute sa profondeur, bouleversé d’espérance. La bourgeoisie n’avait pas voulu cela. Elle ne pouvait le tolérer et au sein même de la Convention, les textes législatifs, les amendements témoignent qu’elle ne le toléra pas. C’était ailleurs que devaient le mieux retentir la voix de Marat ou la phrase incisive de Robespierre : l’ami du peuple est vénéré et le Club des Jacobins semble décider de tout. L’effort des Girondins pour enrayer les progrès de la révolution échoua.

La lutte entre Girondistes et Jacobins


Leur tentative se situe entre deux procès bien significatif de leurs intentions. L’un, contre Louis XVI, où ils espéraient parvenir à le sauver. L’autre, contre Marat, où il comptaient le perdre. Le procès du roi révéla que Louis XVI avait essayé de corrompre les hommes de la révolution et continué de verser leurs pensions aux officiers émigrés. Le procès prouva également que les Girondins voyaient dans la mort du roi leur propre jugement : toute une partie de la Convention s’avéra contre-révolutionnaire. Louis XVI fut décapité le 21 janvier 1793 – première défaite des Girondins. Ils allaient bientôt en subir une autre, plus grave. Depuis des semaines, Marat dénonçait comme traître à la patrie le héros de Valmy, le vainqueur de la Belgique, que Danton voulait envoyer conquérir la Hollande. S’attaquer au général Dumouriez apparut d’abord de la part de Marat comme une folie. Au cours d’un séjour à Paris, Dumouriez intrigua, laissa percer son ambition personnelle et la politique modérée qui allait le conduire à la trahison. Marat devenait chaque jour plus violent. Enfin, le 31 mars, il annonce aux Jacobins la fuite de Dumouriez et somme Danton de s’en expliquer puisqu’il n’a cessé de le protéger. Le peuple s’ameute contre les députés suspects. Directement menacés, les Girondins jettent les dés. Un appel aux armes vient d’être publié aux Jacobins, la Gironde en accuse Marat et le décrète d’arrestation. Il est trop tard pour endiguer le flot qui monte. La désertion de Dumouriez a porté à son comble la popularité de Marat : son procès sera la condamnation des Girondins. Il est notable que, par un étrange symbole de cette révolution, l’appel nominal pour le scrutin ne fut réclamé à la Convention que pour Louis XVI et Marat – parfaite image des deux forces entre lesquelles comptait s’élever la bourgeoisie révolutionnaire : l’ancien régime et le peuple. Marat se constitua prisonnier et fut acquitté le 24 avril. La pression populaire avait été si vive que son acquittement ne pouvait faire de doute. La foule le porta en triomphe ; on va maintenant frapper les coupables, tous ceux dont Marat a déjà demandé l’arrestation et que la Convention a refusée comme elle a ajourné son plan économique que reprendra plus tard le Comité de salut public. C’est finalement la guerre qui va décider à nouveau de la marche en avant de la révolution.
L’Angleterre a dressé contre la France une coalition européenne et soutenu le soulèvement des paysans vendéens. La Convention décide la levée en masse, constitue pour conduire la guerre un Comité de salut public et un Comité des douze chargé de réprimer les insurrections populaires que redoutent les Girondins. Leurs menaces contre Paris achèvent leur perte. Le 31 mai, la Commune envahit la Convention, exige la suppression du Comité des douze, fait libérer Hébert que les Girondins ont arrêté et, le 2 juin, 80.000 hommes assiègent l’Assemblée : les Girondins sont vaincus à Paris. En France, la province, mieux dominée par la bourgeoisie, s’insurge contre la capitale. La révolution plébéienne paraît une dictature parisienne. Les Montagnards, pour faire la preuve de leur patriotisme, en appellent au référendum populaire, votent en treize jours une nouvelle Constitution qui institue le suffrage universel, décentralise l’autorité de l’État et reproduit la théorie de la propriété si chère à la bourgeoisie. Les départements s’apaisent.

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 Maximilien de Robespierre

La Constitution de 1793 est le premier texte législatif qui fait état du peuple, encore que son suffrage universel excluait les femmes, les soldats, les domestiques, les journaliers agricoles. Telle qu’elle était, cette Constitution, accomplie au lendemain d’une insurrection et au prix du sacrifice des Girondins, apparut comme le drapeau de la nouvelle révolution jacobine. Mais pour faire face aux dangers extérieur et intérieur, les Jacobins victorieux durent surseoir son application : ce fut ainsi que l’acte, qui reconnaissait également le rôle du peuple dans les affaires de l’État, resta, en pleine République, inappliqué.

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Camille Desmoulins
La guerre civile


Des Girondins avaient fui. Ils essayaient de soulever les départements tandis que les Espagnols franchissaient les Pyrénées, que les Anglais s’emparaient de Toulon et assiégeaient Dunkerque, que les Prussiens entraient en Alsace et les Autrichiens dans le Nord. La France livrée à l’étranger par la désertion massive de ses officiers – et la lutte intérieure continuait impitoyable. La bourgeoisie n’avait pu vaincre Marat en face : elle le ferait assassiner. Ce fut une jeune fille dont elle a fait une héroïne, qui s’en chargea. Par une chaleur étouffante, dans l’anxiété d’une population qui se sait partout menacée, Charlotte Corday arrive de Caen à Paris. Le 13 juillet, elle obtient après plusieurs démarches d’être reçue par l’ami du peuple. Il est dans son bain, elle le poignarde. Un papier tombe des mains de Marat. C’est le dernier billet qu’elle lui a écrit pour réussir à l’approcher :
« Je suis persécutée pour la cause de la liberté ; je suis malheureuse ; il suffit que je le sois pour avoir droit à votre protection. »
Tel était le « sanguinaire » Marat.
Trois jours après, la Convention prenait ce qui sera en quelque sorte le décret de clôture de la révolution bourgeoise : le décret du 17 juillet 1793 abolit l’indemnité des anciens droits féodaux. Le rachat supprimé, c’était la liquidation du système féodal. La révolution pouvait finir : elle avait atteint son objet.
Lorsqu’en août 1793, le peuple crie famine, la Convention sait qu’elle est incapable de résoudre le problème économique parce qu’elle n’osera jamais frapper ceux qui en sont responsables, les spéculateurs, qui se font si aisément délivrer des certificats de civisme. A défaut de pain, le Comité de salut public ne peut-il donner au peuple d’autres satisfactions et la violence des mesures contre les suspects ne réussira-t-elle pas à le dominer ? Un député obscur a bien situé ce double problème en s’écriant : « Qu’on mette la Terreur à l’ordre du jour ! c’est le seul moyen de donner l’éveil au peuple et de le forcer à se sauver lui-même. » C’était la première fois que cette formule entrait dans l’histoire : son accomplissement la dirigera. Le salut d’une classe ne lui vient jamais que d’elle-même et de la conscience qu’elle prend de ses forces.
Le calcul était juste. Le pain continue de manquer, mais les comités appliquent follement la loi du 17 septembre sur la Terreur : tout vient s’y confondre, injustes dénonciations, haines personnelles et frayeur de l’invasion. C’est en vain que Hébert, à la tête des masses populaires, gronde de fureur contre les traîtres. Après la loi du maximum, votée le 29 septembre et qui fixe le prix des denrées en même temps que les salaires, les magasins ferment, les grèves éclatent. Les agioteurs de la finance ne perdent à aucun moment la direction de leurs affaires. Ils camouflent en actes révolutionnaires leurs meilleurs coups de Bourse. Partout, on meurt de faim. Jacques Roux s’indigne : la Convention ne prétend pas inquiéter les riches. En effet, elle proclame, après l’emprunt forcé d’un milliard, qu’elle n’imposera jamais la propriété mais seulement les revenus ; en octobre, elle renouvelle aux ouvriers l’interdiction de se coaliser. On juge les Girondins, mais dans sa délégation aux armées, Saint-Just, continuateur de la pensée de Marat, prend des mesures dont l’application serait redoutable à la finance prospère et aux fournisseurs militaires. On a dit que Saint-Just avait été socialiste parce qu’il se proposait comme Robespierre d’égaliser les fortunes. En réalité, il n’allait, pas plus que lui, au delà de l’idéal de Rousseau, rêvant d’une République de petite bourgeoisie autant inquiète des secousses prolétariennes que du luxe qui s’étalait encore, à prix d’or, dans les restaurants. Le 10 octobre, Saint-Just expose les principes de l’action révolutionnaire comme il la conçoit : traduits en textes par la Convention, ces principes réservent l’avenir. Les décrets de ventôse laissaient entrevoir la répartition des biens des suspects entre les pauvres, mais sans rien engager à fond. Dans sa lutte contre les féodaux, la bourgeoisie avait groupé autour d’elle des éléments divers, intéressés au succès de l’entreprise, du petit clergé jusqu’aux paysans. Dans sa lutte contre les riches, le peuple est seul maintenant. C’est à peine s’il aperçoit son ennemi et il parle plus volontiers des aristocrates, des prêtres ou de l’étranger. L’action mystérieuse de l’argent lui reste insaisissable et la Terreur même ne lui permet pas de l’atteindre. Sans doute, on n’avait jamais parlé comme alors de libération sociale ; isolé, affamé, le peuple devrait se contenter d’en parler. La grandeur de Saint-Just fut surtout d’avoir compris le potentiel nouveau dont il disposait : l’armée, d’avoir aperçu que le ferme républicanisme était un élément social de victoire et qu’une volonté collective aurait ses répercussions sur la tactique même des opérations.

La Terreur

A Paris, la réquisition bloque la production, les taxes révolutionnaires rendent un peu mieux que l’emprunt forcé sans régler pourtant le ravitaillement. On rationne la capitale et dans l’intensité du drame, les chefs vont tomber. Aux frontières cependant, l’élan des troupes a pour la deuxième fois brisé l’invasion. La levée en masse a jeté au front plus de 700.000 hommes. Le 15 octobre, Jourdan et Carnot écrasent les Autrichiens à Wattignies, Hoche libère l’Alsace, Bonaparte enlève Toulon, Couthon liquide la résistance de Lyon où la bourgeoisie a soutenu un siège de deux mois pour se défendre des excès de la capitale, en Vendée l’insurrection est vaincue. Du peuple se sont levés les chefs militaires qui ont organisé cette victoire : la France s’est délivrée elle même. Les mesures du Comité de salut public ont renversé tous les obstacles, la terreur galvanisé les énergies. Tous les complots avaient été dénoncés, toutes les factions rompues. Robespierre, Billaud-Varenne, Saint-Just étaient en apparence les maîtres de la révolution et du pays. Danton, Hébert, tant d’autres ont été successivement décapités. Dictature illusoire qui ne repose sur aucune force collective. Robespierre ne semble plus avoir de programme si ce n’est la guillotine. Au moment même où il a déjà contre lui la majorité du Comité de sûreté générale et du Comité de salut public, Robespierre s’exalte dans le culte de l’Être suprême et lui donne l’éclat d’une fête où l’on pouvait croire qu’il cherchait à s’attribuer le pouvoir religieux. La loi de prairial montre l’état où sa situation sans issue l’a acculé. La révolution n’a plus besoin de la Terreur : il va maintenant l’intensifier et il qualifie d’ennemis du peuple : « Ceux qui auront secondé les projets des ennemis de la France, soit en favorisant la retraite et l’impunité des conspirateurs et de l’aristocratie, soit en corrompant les mandataires du peuple, soit en abusant des principes de la révolution, des lois ou des mesures du gouvernement, par des applications fausses et perfides. » C’était tourner la terreur contre les terroristes et derrière eux contre les forces occultes de la richesse que Robespierre voudrait abattre : pas un député qui ne craigne pour sa vie, pas un affairiste qui ne sente en péril la situation qu’il s’est faite. De nouvelles victoires vont rendre finalement la terreur indéfendable : l’armée de Sambre-et-Meuse, avec Kléber et Marceau, s’empare de Charleroi, bat les Autrichiens à Fleurus le 26 juin 1794 et entre à Bruxelles. Condamné par les siens mêmes, Robespierre se voit perdu. En s’acharnant sur Hébert et les Enragés, il s’était volontairement séparé des masses les plus pauvres du pays et privé du secours des sections où il a jeté le désarroi ; bientôt désemparé, Robespierre ne trouve pas l’appui du peuple parce que ce n’est pas la volonté populaire qui l’anime ; Robespierre n’était pas un chef prolétarien et son idéal déiste de petit bourgeois égalitaire n’avait en France qu’un faible écho. Billaud-Varenne et Tallien ne cachent pas leur certitude d’une fin prochaine. A la Convention, Robespierre ne peut déjà plus parler. Saint-Just s’interpose vainement. Les derniers héros du jacobinisme vont périr avec lui. La Révolution de 89 avait accompli la totalité du chemin que lui permettait d’entreprendre l’état économique de la société présente. Elle ne pouvait aller plus loin : il appartenait à la bourgeoisie de rétablir l’ordre – son ordre – et de légaliser ses victoires.

Le 9 Thermidor et le Directoire


Le 27 juillet 1794, Robespierre, arrêté, tenta de se tuer. Il fut guillotiné sur la place de la Révolution où tant d’autres avant le 9 thermidor avaient succombé.
On remania le Comité de salut public, on nomma Barras commandant de la force armée, on décapita Saint-Just, Couthon et une centaine de leurs amis. La Convention rappela les Girondins, les Dantonistes, ferma le Club des Jacobins et envoya la troupe contre une émeute de femmes qui, en avril 1795, réclamait toujours « du pain et la Constitution de 1793 ». Une deuxième émeute fut pareillement dispersée en mai et la Convention menaça de bombarder le Faubourg Saint-Antoine. Elle désarma les ouvriers, la disette devint atroce, les accapareurs multiplièrent les fortunes et pour bien préciser sa volonté, la Convention vota une Constitution qui abolissait celle de 93 et rétablissait le suffrage restreint à un cens plus élevé que celui de la Constitution de 91. La fortune bourgeoise triomphait.
Les royalistes pendant ce temps se trompaient sur la réaction thermidorienne. Ils crurent la révolution abolie quand elle était devenue définitive. Partout en province, à Paris, ils organisaient la répression. La terreur blanche renouvelait les massacres. De l’étranger, Louis XVIII annonçait son avènement et les Anglais débarquaient à Quiberon des milliers d’émigrés. Mais les « incroyables » qui s’attaquaient librement aux « patriotes » ne devaient pas aller bien loin. La Convention venait de signer la paix à Bâle en juillet 1795 et la France sortait agrandie de cette guerre que l’Angleterre ne tarderait pas à reprendre. Victorieuse à l’extérieur, la bourgeoisie française n’entendait pas laisser remettre en question ses conquêtes intérieures et elle se préoccupa rapidement d’anéantir les illusions de la noblesse féodale comme elle avait anéanti celles du peuple. Ne rien perdre de sa révolution, ni à gauche ni à droite – telle était la volonté de la bourgeoisie. La nouvelle Constitution de l’an III confiait cette mission à un Directoire où Tallien et Barras représentaient ses intérêts.
Soudain, en octobre 1795, avant de se séparer, la Convention dut faire face à un coup de force que les royalistes tentèrent dans Paris avant les élections dont les dispositions législatives devaient les écarter. Une armée de 20.000 hommes marcha le 13 vendémiaire sur l’Assemblée pour y rétablir la monarchie. Cette insurrection fut anéantie en quelques heures sur le Pont-Neuf et près de l’église Saint-Roch par le vainqueur de Toulon, devenu général à vingt-six ans, Napoléon Bonaparte. Chargé par la Convention de faire respecter sa loi, le général Bonaparte qui avait su employer habilement ses 5.000 hommes dans cette opération de police contre les monarchistes, fut nommé le lendemain gouverneur de Paris

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