MARIE LESCZINSKA

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Marie-Catherine-Sophie-Félicité Leszczynska était la fille de Stanislas Leszczynski, issu d’une très grande famille noble polonaise, Comte du Saint-Empire et de Lesno, Palatin de Buelna et de Lenezin, Staroste d’Aldenaw, Wawode et Posnanie, élu Roi de Pologne et Grand-Duc de Lituanie sous le nom de Stanislas Ier en 1704, et de la comtesse Catherine Brin-Opalinska, fille du Palatin de Posnanie. Elle naquit le 3 juin 1703 à Breslau (Wroclaw).

Bigote, laide, sans esprit, frigide… Ainsi nous la décrivent les livres d’histoire et les biographies anciennes. La vérité est tout autre, et l’on reste stupéfait lorsqu’on découvre ce que fut réellement la vie de cette princesse polonaise, sans dot ni état, qui fut certainement la femme la plus malheureuse de son temps, pour avoir été si outrageusement trompée. Elle aura un destin inimaginable…

Son enfance et la voie du destin :

Sa petite enfance, étrangement troublée durant le règne très mouvementé de son père par des départs précipités du palais royal, les longues étapes en voitures et les installations de fortune, fit de Marie une princesse fugitive.
Les avatars de l’Histoire écartent son père du trône : elle se réfugie tout enfant à Stockholm, puis débuta en 1716 un exil précipité dans la principauté de Deux-Ponts, dans le plus grand dénuement matériel. Toutes ces épreuves et la bonne éducation pédagogue pleine d’intuition et de justesse que lui offrit son père, lui donnèrent très tôt un grand courage, un caractère aimant, une douceur raisonnable, une excellente réflexion mêlée de principes religieux qui remplira son âme d’une sérénité réfléchie. En 1717, Marie perdit sa sœur aînée, Anne Leszczynska, âgée de 18 ans.
Ses parents reportèrent alors leur tendresse sur Marie, qui entrait dans sa quinzième année et poursuivait son éducation accomplie : elle parlait six langues, possédait « des clartés sur tout », sachant danser avec grâce et se tenir à merveille. Le décès de Charles XII de Suède, protecteur de son père, entraîna leur départ pour Wissembourg en 1720, où le Régent, compatissant, proposa un établissement aux proscrits. Plusieurs propositions de mariage seront imaginées par son père dès cette époque, malgré son souhait profond de partager l’infortune de ses parents. On parla de plusieurs princes allemands, et même de princes du sang de la famille de France, dont le Duc de Bourbon ( Stanislas essuya un refus de Mme la Duchesse -Melle de Nantes- dans lequel elle voyait une mésalliance) Voire même avec un Marquis de Courtanvaux, (commandant du régiment de cavalerie mis à la disposition du roi Stanislas par le Régent) tombé follement amoureux d’elle et qui osa demander sa main au roi Stanislas.
Le décès de leur second protecteur et l’entrée du Duc de Bourbon au Ministère allait bouleverser sa vie tranquille et retirée. Telle Cendrillon, une intrigue de cour fit de Marie, jeune fille sans fortune, la reine du plus prestigieux royaume de l’époque. En effet, Mme de Prie, maîtresse influente et décidée du Duc de Bourbon, jeta son dévolu sur notre princesse comme Duchesse de Bourbon. Mais M le Duc était beaucoup plus préoccupé du mariage du jeune roi que du sien. Une série d’incidents mettait en péril le projet matrimonial du Régent, avec la toute jeune infante espagnole, fiancée du jeune roi, qui allait avoir sept ans. Il désirait depuis longtemps rompre ces fiançailles qu’une grave maladie de Louis XV anticipa.
En vue du mariage royal, une liste complète des princesses à marier sera dressée. Une première liste de 100 noms fut d’abord proposée, de laquelle on en retrancha 83. Marie en faisait partie, mais fut primitivement écartée du fait de sa basse naissance et du titre électif de son père. D’un trait de génie, c’est finalement Mme de Prie qui prit la grave décision de la « mésalliance » (car ce mariage pouvait être considéré comme tel), en espérant tout d’une princesse effacée, manipulable et infériorisée, qui lui devrait tout : en quoi elle se trompa, car elle finira exilée dans ses terres et s’y suicidera d’ennui, après la disgrâce de M le Duc.
Le message annonçant le mariage est resté célèbre :

« Ah, ma fille, tombons à genoux et remercions Dieu !
– Mon père, seriez-vous rappelé au trône de Pologne ?
– Le Ciel nous est bien plus favorable, ma fille, vous êtes reine de France ! »

Le mariage fut déclaré à Versailles le 27 mai 1725. Marie fut mariée par procuration dans la cathédrale de Strasbourg le 14 août, fit le « voyage » comme toutes les princesses étrangères venant épouser un roi de France jusqu’à Moret, où elle rencontra, pour la première fois Louis XV. Le jeune adolescent royal eut un véritable coup de foudre, subjugué par la grâce, l’intelligence et la douceur de sa promise. Marie l’aimera aussitôt à la folie. Son mariage a lieu le 5 septembre, le lendemain de leur rencontre, dans la chapelle du château de Fontainebleau. Louis XV décida alors d’établir ses beaux-parents à Saint-Germain-en-Laye, puis leur octroya l’immense domaine royal de Chambord.
Pour la première fois, la Cour de France assista au spectacle idyllique d’un jeune couple épris l’un de l’autre, car le début du mariage fut très heureux et suivi de dix ans de bonheur et de fidélité.

« Je trouve la reine la plus belle », disait Louis XV en amoureux enthousiaste.

La reine découvrit Versailles le 1er décembre, à la fin du « voyage de Fontainebleau », ainsi que la vie de cour éclatante, les intrigues et la stricte étiquette. Notons que ce sera la reine de France qui y résidera le plus longtemps, puisqu’elle y habita sa vie durant, au contraire de l’épouse de Louis XIV, et de celle de Louis XVI, au destin tragique que l’on connaît.

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Reine de France

Malgré les premières adulations et flatteries, et un regrettable faux pas politique, Marie fit preuve d’une grande capacité d’adaptation : de la vie simple et un peu bohème qu’elle avait menée, elle s’adapta très vite à l’existence organisée, méthodique et emprisonnante d’une reine de France. Elle se résigna à vivre en souveraine et à l’écart de ses enfants, comme toutes les reines l’avaient fait avant elle.
Sa docilité entre les mains du premier ministre et de Mme de Prie va lui faire encourir la colère du roi et du cardinal Fleury, qui remplacera, en 1726, le duc de Bourbon définitivement disgrâcié. Elle se retrouva isolée, sans appui ni expérience.. Son seul réconfort restera l’abondante correspondance qu’elle échangera avec son père. Très attachée à son mari, la reine ne manquera pas de suivre les conseils de soumission inconditionnelle que lui prodigue son père dans ses lettres.

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Les enfants de la reine

L’heureuse union fut couronnée par dix grossesses si régulières, que l’on prête à la reine ce soupir de lassitude : « Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher ! » et il y a de quoi, quand on juge l’état de sa progéniture et la fréquence quasi régulière de ses heureux événements : dans la « chambre de la reine » de Versailles, Marie mettra au monde publiquement, selon l’usage établi, en douze ans, ses dix enfants, dont de nombreuses filles, appelées Mesdames de France :

1. Marie-Louise-Elisabeth de France, appelée à sa naissance Mme Première puis Mme Infante après son mariage (plus tard mariée à son cousin, l’Infant Philippe de Bourbon, Duc de Parme (1727-1759)).
2. Anne-Henriette de France, sa sœur jumelle appelée Mme Seconde à sa naissance puis Mme Henriette en 1739 après le mariage de sa sœur (1727-1752), célibataire.
3. Marie-Louise de France, appelée Mme Troisième (1728-1733), morte en bas âge.
4. Louis-Ferdinand de France, Dauphin de France (1729-1765).
5. Philippe de France, Duc d’Anjou (1730-1733), mort en bas âge.
6. Marie-Adélaïde de France, appelée successivement Mme Quatrième à sa naissance, Mme Troisième en 1733 après la mort de la précédente, Mme Adélaïde en 1737 (1732-1800), célibataire.
7. Victoire-Louise-Marie-Thérèse de France, appelée Mme Quatrième à sa naissance puis Mme Victoire en 1745 (1733-1799), célibataire.
8. Sophie-Philippine-Elisabeth de France, appelée Mme Cinquième à sa naissance puis Mme Sophie en 1745 (1734-1782), célibataire.
9. Thérèse-Félicité de France, appelée Mme Sixième (1736-1744), morte en bas âge à l’abbaye de Fontevrault.
10. Louise-Marie de France, appelée Mme Septième (ou Mme Dernière), puis Mme Louise en 1747 (1737-1787) (religieuse au Carmel de Saint-Denis sous le nom de Sœur Thérèse de Saint-Augustin (1770), prieure du Carmel en 1773).

Allez visiter le forum  » Mesdames de France  » pour y voir la plupart de leurs biographies que j’ai mises en ligne, hormis celle de Mme Louise.

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Ses maternités la feront vieillir précocement. Elle devint frileuse, abandonnant peu à peu toute espèce de coquetterie vestimentaire et se couvrant de fichus, châles, mantelets et camisole douillettes, qui lui donnèrent cet air un peu suranné qu’on lui connaît dans ses portraits. Louis XV qui l’avait sincèrement aimée, lui restera longtemps fidèle puis la délaissa.

La Reine délaissée

Son manque de séduction et sa santé délicate jetèrent Louis XV dans les bras de favorites. Le temps des épreuves commença vers 1739, ponctué par les intrigues de l’entourage, la politique, les guerres et surtout, les rivalités odieuses des premières maîtresses déclarées… La première resta longtemps une inconnue, pour ne devenir que trois ans après la liaison royale, maîtresse déclarée.
Il y eut d’abord Mme de Mailly, dame du palais de la Reine. Marie, vive de caractère, éprouva une grande jalousie non sans quelques velléités de révolte. Marie tentera de lutter, de suivre chasses et voyages. Le combat fut impossible : on lui fit comprendre que la situation était sans issue et qu’il fallait surmonter le désarroi avec résignation et sérénité. Dorénavant, la Reine donnera de moins en moins ses chagrins en spectacle, travaillera ses élans et sursauts d’amoureuse et se cantonnera dans son rôle de reine et d’épouse irréprochable, d’amie ponctuelle et soumise et de mère féconde et respectée… Les premières jalousies passées, la reine pardonnera les incartades maritales. Le destin continua ses ironies : Mme de Mailly, la première maîtresse du Roi, sera supplantée par deux de ses sœurs, d’abord Mme de Vintimille puis Mme de la Tournelle, titrée, par une astucieuse ascension, duchesse de Châteauroux, aussi hautaines qu’odieuses envers la pauvre Reine, pour l’humilier plus ou moins sournoisement… Marie soutint sa disgrâce avec fermeté, malgré quelques mouvements de jalousie primitifs mais insuffisants. Elle se résigna, tout au long de son règne, à supporter ces femmes qui la privèrent de l’affection de son royal époux.
Son destin de femme bifurqua, dominé par l’incertitude, la mélancolie, les déceptions de la vie et les situations difficiles (ses jalousies fondées, la turbulence de son fils, le départ de ses filles au couvent lointain de Fontevrault, l’expédition manquée de son père pour retrouver le trône de Pologne, etc…). Elle ne perdra pas courage et gardera sa dignité, sans jamais faillir à ses devoirs et obligations de souveraine, sans jamais juger celui qui la délaissa et qu’elle aimera en silence comme au premier jour.

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Puis vint la liaison avec Mme de Pompadour, intelligente grisette à l’ascension célèbre, qui fut pour la Reine une période moins pénible. Grâce aux adroites suggestions de la favorite, Louis XV retrouva quelques attentions pour la pauvre Marie délaissée. Désormais, et pour presque une vingtaine d’années, sa vie s’équilibra dans un curieux contraste que les années accentuèrent en l’assombrissant.

La « bonne Reine »

Pour se consoler du renoncement de son amour conjugal brisé et de l’indifférence du roi, Marie s’enferma dans une vie de charité, à l’écart des cabinets de son appartement de Versailles. Là, elle vivra comme elle l’entendait, jouissant – à certaines heures de la journée – d’une liberté « inconnue jusqu’alors aux reines de France », peignant avec son « teinturier » Oudry dans son laboratoire (elle sera l’auteur, entre autre, d’un tableau figurant une « ferme » que conserve aujourd’hui le musée de Versailles), priant dans son oratoire particulier ou conversant tout en travaillant à des ouvrages de tricot, pour des associations de bienfaisance qu’elle patronnait, en compagnie de ses intimes : sa ponctuelle et sincère amie, sa dame d’honneur Mme de Luynes, l’aimable Moncrif ou l’érudit Président Hénault par exemple …
Dans ce cadre charmant disparu, on découvrait une reine vertueuse, charitable et bonne, qui n’avait rien à dissimuler, et non une personne résignée, passive, sans caractère ni énergie…
On la trouvera gourmande, au point d’en être souvent indisposée par des indigestions nombreuses, et d’être à l’origine de certains plats. Car on doit à cette reine les fameuses « bouchées à la reine », le « consommé à la reine », le « filet d’aloyau braisé à la royale » et l’apparition des lentilles dans notre alimentation, alimentation réservée autrefois aux chevaux ! Marie Leszczynska séduisit tous ceux qui l’approchèrent par son accueil simple, charmant, ses manières exemptes d’affectations, son esprit spirituel, son caractère vif et sa physionomie enjouée.

Mais c’est surtout le souvenir de la philanthropie de la « bonne reine » qui marquera un peuple entier par une bonté, une générosité qui touchaient à l’extravagance. Elle n’hésitait pas à porter des pierreries fausses pour vendre ses véritables bijoux et effectuer ses aumônes infinies aux indigents, travaillant en effet sans cesse, aidée plus tard par ses filles, à des ouvrages de bienfaisance, emplissant ses appartements de linge et de vêtements destinés aux pauvres, visitant elle-même couvents, ouvroirs, hôpitaux, quartiers pauvres etc.
Elle aida de nombreuses communautés religieuses, faisait délivrer des prisonniers pour dettes, faisant envoyer des provisions aux familles nombreuses, payant des frais de nourrices… Elle sortait régulièrement de Versailles pour renouveler les vêtements destinés aux nécessiteux et pour en surveiller elle-même la distribution… Simple et grande tour à tour, humble dévote dans son oratoire et si digne reine dans son Grand Appartement, Marie Leszczynska fut la seule et la dernière à supporter courageusement l’Etiquette, symbole et sauvegarde de la majesté royale. Ce fut la seule qu’épargnèrent chansons, libelles et calomnies…

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La fin des épreuves

La fin de sa vie fut assombrie par le temps des deuils : outre plusieurs enfants en bas âge ( Mme Seconde, le petit duc d’Anjou ), elle perdit d’abord ses deux filles aînées, Mme Henriette, sa préférée, en 1752, puis Mme Infante en 1759, ensuite son petit-fils dans lequel on mettait beaucoup d’espoirs, le Duc de Bourgogne, enlevé tout jeune par une cruelle maladie… Elle vit disparaître son ancienne rivale, devenue Duchesse en 1764, qui ne lui fit éprouver nulle joie vengeresse mais que des mélancoliques réflexions sur la vanité du monde…
Le destin redoubla encore, avec un deuil qui détermina sa fin : le plus cruel à son pauvre cœur fut le décès de son fils, le Dauphin Louis-Ferdinand. Elle avait mis en lui tous ses espoirs, partageant ses idées, faisant cas d’une haute élévation morale. Marie fut au désespoir et atteignit les sources mêmes de sa vie, d’autant plus qu’elle était seule, ayant perdu également sa confidente et amie la plus chère, Mme de Luynes.
La disparition tragique de son père en 1766, brûlé vif par accident, acheva de la meurtrir. Durant l’automne 1767, un rhume négligé lui donna de fréquents accès de fièvre qui l’affaibliront rapidement. Son état devint préoccupant. Le Roi revint à son chevet, suivant les progrès des langueurs et de la tuberculose. Sa pauvre tête elle-même se perdait par instants. Louis XV, que la mélancolie accablait, fut pour elle plein de sollicitudes : les deuils récents les unissaient à nouveau. Son agonie fut longue, avec des rémissions spectaculaires.
Terriblement affaiblie, fiévreuse, à demi inconsciente, Marie Leszczynska s’éteignit le 24 juin 1768 dans la chambre de son appartement de Versailles, au milieu des siens, dans sa soixante-cinquième année, au terme d’une vie émouvante et mouvementée. Louis XV était revenu, elle avait été exaucée…
L’émotion fut immense, quand arriva sa dernière heure. Pendant une semaine, on vit le défilé incessant de petites gens venant prier pour elle : « Voyez, dit le roi à ses filles, comme elle est aimée »…

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