LE PETIT TRIANON

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Marie-Antoinette avait ses appartements au château de Versailles, mais elle avait aussi son domaine propre à Versailles : le Petit Trianon.

Louis XV avait fait bâtir ce palais de plaisance en 1768, à un kilomètre du château, à l’extrémité du parc du grand Trianon. L’architecte Ange-Jacques Gabriel avait conçu ce palais dans un nouveau style épuré « à la grecque », alliant sobriété, ordre et perfection, avec un richesse élégante des boiseries.

Louis XVI lui offrit ce domaine en 1774 : « Vous aimez les fleurs ? Eh bien j’ai un bouquet à vous donner : c’est le petit Trianon ».  Nul cadeau ne pouvait être plus agréable à Marie-Antoinette, à cette amie de la campagne et des fleurs.

« Le beau rêve en effet, ce palais et ce jardin enchantés, où Marie-Antoinette pourra ôter sa couronne, se reposer de la représentation, reprendre sa volonté et son caprice, échapper à la surveillance, à la fatigue, au supplice solennel et à la discipline invariable de sa vie royale, avoir la solitude et avoir l’amitié, s’épancher, se livrer, s’abandonner, vivre ! »
Car « la Cour l’avait ennuyée, et elle voulait, devenue reine, s’en affranchir le plus possible. Elle aimait l’intimité, les jeux libres, le jardinage ; à quelques pas du solennel Versailles, elle allait pouvoir satisfaire ses goûts. La simplicité des moeurs et des plaisirs qu’elle avait connue dans son enfance à Vienne, et tant de fois regrettée depuis, Trianon devait la lui rendre. Elle aurait, comme toutes les femmes de son royaume, le gouvernement d’une maison et d’un jardin ; elle comptait en bannir les censeurs, les médisants, les imposteurs, faire un choix parmi ses courtisans et n’admettre que des amis. »

Elle a alors donné à ce petit palais son propre style, avec grâce et raffinement, élégance et légèreté, style qui sera copié par l’aristocratie provinciale, ainsi que dans toute l’Europe.

De ce lieu, elle dit « Ici, je suis moi ». Marie-Antoinette marqua ses lieux de sa présence, imposant ses goûts pour en faire son domaine.
Elle aimait y retrouver les plaisirs d’une vie simple et champêtre, loin des fastes et de l’étiquette de Versailles, et ce fut son refuge de 1780 à 1789. Elle y trouve un havre d’intimité. Personne n’y entre sans son invitation. Elle s’y sent libre, et peut y satisfaire son amour de la nature et du théâtre.

Son architecte lui conçut en 1780 son propre théâtre, où Marie-Antoinette se produisait sur scène jusqu’en 1785, dans un bâtiment relié au Petit Trianon par une galerie en treillage, elle-même menant au Jardin anglais.
« Les opéras qu’elle affectionnait le plus étaient ceux où dominait une action champêtre : le joli drame de Nina lui fit verser bien des pleurs. Dans ses appartements, on ne voyait ni tableaux d’histoire, ni de batailles, et elle disait elle-même avec abandon : « Ne mettez que des fleurs, des paysages et des Watteau ». »

Au Petit Trianon, elle organisait des repas et des fêtes, et le théâtre et l’opéra y tenaient une grande place. « C’était les grands jours de Trianon, envahis quelques heures plus tard par la foule, mais il reprenait bien vite son charme de retraite et son recueillement de solitude. »

Elle a fait créer aux abords de son palais un Jardin anglais, jalonné du Pavillon français, du Belvédère (son salon de musique), du Temple de l’Amour, autant de buts de promenade que d’occasions de haltes. Elle souhaitait un parc qui ressemble à un paysage naturel, orné de chemins sinueux, de bocages et de cascade, sans artifice pompeux ni froide géométrie.

De même, en 1787, elle y fit construire dans ce domaine le Hameau, constitué de chaumières fleuries réunies autour d’un lac, où elle souhaitait vivre proche de la nature, ainsi qu’un étang artificiel et un Rocher, lesquels surplombaient avec le Belvédère la promenade. Près d’une petite cascade, fut édifiée une Grotte artificielle où la Reine pouvait se réfugier sans être vue, assise sur la mousse.
Avec sa ferme et ses fermiers, son moulin, ses moutons et sa basse-cour, elle pouvait s’imaginer bergère ou paysanne. La vie s’y écoulait dans une douce atmosphère de bonheur.
Autour de la maison de la Reine, plus grande et plus belle que les autres, se trouvent aussi un boudoir, un colombier, une laiterie, et cet ensemble forme comme un petit village aux façades rustiques à colombages, traversé par un petit ruisseau. Un peu plus loin, c’est la maison du jardinier, la grange et le poulailler, et les vaches paissent dans les prairies.

Mais le Hameau, aménagé à grands frais, était très mal considéré par le peuple, à une époque où les paysannes n’étaient pas vêtues de mousseline, et s’épuisaient aux champs, dans un climat rigoureux, aux récoltes insuffisantes et sources de famines.

Elle aimait beaucoup les fleurs, dont elle faisait orner meubles et décors. Roses, épis de blés, fleurs de jasmin et de muguet … les fleurs des champs et toute la nature étaient source d’inspiration. Partout on retrouvait ces fleurs : peintes, tissées, sculptées ou ciselées par les meilleurs artistes et artisans.

« Mon Dieu la charmante promenade : que ces bosquets parfumés de lilas, peuplés de rossignols, étaient délicieux : il faisait un temps magnifique, l’air était plein de vapeurs embaumées, des papillons étalaient leurs ailes d’or aux rayons de ce soleil printanier. Je n’ai, de ma vie, passé de moments plus enchanteurs que les trois heures employées à visiter cette retraite. La Reine y passait la plus grande partie de la belle saison et je le conçois à merveille. »

Extrait de la lettre à Marie-Antoinette à sa mère l’impératrice Marie-Thérèse, du 19 septembre 1780 :
« Je me suis établie à Trianon pour huit à dix jours, afin de faire les matins des promenades à pied qui sont essentielles pour ma santé ; cela n’était pas possible à Versailles. Trianon n’est qu’à dix minutes de chemin en voiture, et on peut aisément y venir à pied. Le Roi parait s’y plaire beaucoup ; il y vient souper tous les jours, et vient me voir le matin comme dans mon appartement à Versailles. J’ai choisi ce moment-ci pour mon séjour ici, parce que c’est le mois où le Roi chasse presque tous les jours et où il a le moins besoin de moi. Ma santé et celle de ma fille sont très bonnes. »

A Trianon, devenu « la maison de campagne de Marie-Antoinette, sa retraite et ses amours », c’était une « autre vie, sans faste et sans contrainte.

Plus de cour, qu’une petite cour d’amis, que sa vue basse n’avait point besoin de reconnaître avec le lorgnon caché au milieu de son éventail ; plus d’ennuis, plus de couronne, ni de grands habits : la Reine n’était plus la Reine à Trianon, à peine y faisait-elle la maîtresse de maison.
La Reine, en robe de percale blanche, en fichu de gaze, en chapeau de paille, courait les jardins, allait de sa ferme à la laiterie, menait son monde boire son lait et manger ses oeufs frais, entraînait le Roi, du bosquet où il lisait à un goûter sur l’herbe, tantôt regardait traire les vaches, tantôt pêchait dans le lac, ou bien, assise sur le gazon, se reposait de la broderie et du filet en épuisant une quenouille de villageoise.
Ces jeux faisaient le bonheur de Marie-Antoinette. Que d’enchantement pour elle, que d’illusion dans ce rôle de bergère et dans ce badinage de la vie des champs !
Marie-Antoinette goûtait de préférence la promenade nocturne. Elle aimait trop les soirées passées au dehors, sous les grands arbres, dans l’air calme des nuits d’été.(…)
Trianon ! ce Trianon où son ombre erre encore aujourd’hui ; où le silence de l’écho, l’oubli de la nature, parle comme une scène vide, et rappelle les beaux jours de Marie-Antoinette.
Aujourd’hui encore, le visiteur, qui croit n’y chercher que les émotions de l’histoire, ralentit involontairement son pas dans le détour des allées désertes et se laisse prendre à l’enchantement des yeux. »

« Dans la verdure, voici le petit palais blanc. (…)
Poussez un bouton de porte ciselée. Entrons maintenant dans la maison, visitons les pièces inhabitées, d’où se sont enfuis le bruit des rires et l’écho du clavecin. Dès le seuil, on est transporté dans le monde d’autrefois… »

Visite du Petit Trianon en 3D disponible sur
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